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Interview n°2 – Rodolphe Roux, CDO de Wiko Mobile

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Rodolphe Roux alterne depuis 20 ans le conseil et les missions dans de grands groupes internationaux. Ancien patron du digital au niveau mondial  du Groupe SEB,  ancien  Directeur Marketing Groupe en charge de la transformation d’entreprise chez Pierre et Vacances Groupe, il a consacré son parcours professionnel à la transformation des entreprises et aux nouveaux usages marketing. Il est  actuellement Chief Digital Officer chez Wiko Global.

Pouvez-vous nous en dire plus sur WIKO ?

Nous allons fêter nos 5 ans d’existence et nous sommes aujourd’hui, l’un des acteurs majeurs du monde du mobile en France. Notre développement passe par une internationalisation structurée (24 pays aujourd’hui ). Nous sommes dans un marché largement trusté par des « Big Boys » et notre réussite a toujours été liée à nos méthodes, notre approche, notre stratégie globale qui se veulent différentes de celles des autres. Ce contexte nous a amené à réfléchir à une posture de marque audacieuse mais néanmoins réelle : Wiko est, et doit continuer a être, #gamechanger. Une posture pas forcément facile à décliner et à assumer mais nous y travaillons.

Nous avons développé l’entreprise sur la base de deux assets et deux piliers structurants forts. Tout d’abord la marque et son expérience globale. Le projet Wiko a été initié par Laurent Dahan, son fondateur, qui a eu la volonté de créer une marque française mobile mondiale. Secondement : notre capacité de production.   Nous avons un partenaire associé chinois qui fabrique des téléphones depuis de nombreuses années. Nous sommes une marque française et une entreprise créée par un Francais qui, pour se développer, s’est associée avec des acteurs du mobile internationaux. Wiko est aujourd’hui une marque jeune, qui s’adresse aux consommateurs qui changent les règles du jeu, qui ne veulent pas acheter un mobile à 600 ou 800 euros, qui attendent de nous qu’on soit anti-conventionnel. Nous devons assumer cette posture quitte à ne pas plaire à tout le monde .

Quel est votre objectif en tant que CDO au sein de Wiko Mobile ?

On parle toujours des objectifs personnels des gens, mais l’important ce n’est pas ce que je viens faire, mais plutôt l’enjeu d’une entreprise en croissance très forte face aux enjeux de l’ère digitale dans le monde passionnant du mobile. Je le répète souvent l’enjeu aujourd’hui n’est pas la stratégie digitale d’une entreprise, mais la stratégie des entreprises dans l’ère digitale. Je viens pour porter ce projet au niveau Mondial et surtout ne pas avoir de limites .

Quelles sont les qualités indispensables pour exercer le métier de Chief Digital Officer ?

J’aime utiliser les analogies, et à chaque fois qu’on me pose cette question je réponds toujours par celle-ci. Un bon CDO c’est un mélange de 3 animaux : l’ AIGLE capable d’une vue d’ensemble et en même temps intraitable quand il choisit un objectif à atteindre, la FOURMI organisée et sociale, et le CAMELEON capable de s’adapter en toute circonstance .

Quelles sont vos principales missions ? Pensez-vous qu’elles diffèrent selon les CDO ?

Ma principale mission est de créer et de piloter la stratégie de Wiko dans l’ère digitale. Il y a des similitudes dans les missions de transformation d’entreprise. Mais en effet, en fonction du secteur, du contexte, de la taille, du management et de la culture de l’entreprise il y a des différences majeures entre les CDO. 

Quel impact le Big Data a t-il dans l’application de vos missions ?

Encore une expression qu’il faut simplifier et vulgariser, pour nous la data c’est la connaissance, la reconnaissance clients. Mais nos enjeux – et c’est d’autant plus vrai dans le mobile, car nous sommes dans les poches, les sacs et inséparables de nos clients – vont être de toujours éduquer, expliquer et demander l’autorisation pour utiliser des informations, ne jamais laisser penser que nous pouvons utiliser la moindre information à l’insu de nos consommateurs, c’est un vrai challenge !

Comment parvenez-vous à déclencher la transition numérique chez Wiko Mobile ? 

Wiko Mobile est je pense difficilement comparable, c’est d’ailleurs une des raisons qui m’a amené à rejoindre l’aventure. Le secteur du Mobile est en avance sur tout car le mobile s’impose dans tous les domaines, que faisons-nous aujourd’hui sans notre téléphone ? Nous dormons même avec lui ! De fait nous sommes donc en avance, mais notre enjeu est de devenir le Game changer du mobile et pour cela , la promesse est telle que nous devons tous les jours nous remettre en cause pour y arriver, et ca c’est très digital ! Les difficultés sont essentiellement culturelles, même dans une jeune entreprise, les habitudes existent et le monde dans lequel nous vivons est celui de la régénération permanente.

Avec quel corps de métier avez-vous l’habitude de travailler ?

Tous les corps de métier sont impactés par la transformation numérique, c’est ce qui fait le charme de notre métier .

Avez-vous un secret pour enclencher le « déclic digital » dans l’esprit des consommateurs ?

L’empathie, la pédagogie , la prise de risque, l’humour et la ténacité .

Comment se faire connaître dans le métier ?

Se faire connaitre n’est pas un objectif en soi. Assumer des positions tranchées, dire ce que nous pensons, se faire plaisir, être vrai et essayer de faire bouger les choses est le plus important . Le reste devient une conséquence et non une cause.

A quand une « keynote » Wiko ?

Notre énergie doit être dépensée pour s’occuper de nos produits, nos clients et de l’expérience clients, nous parlons aujourd’hui beaucoup à nos distributeurs. Nous faisons des keynotes tout le temps finalement.

 Après les smartphones et les mobiles, Wiko va t-il se lancer vers un nouveau marché ?

Qui sait ! 750 grammes est bien devenu un restaurant !

CDO & secteur public peuvent-ils et doivent-ils collaborer ?

Bien sûr, notamment sur le sujet de la donnée, force est de constater que tout le monde n’est pas aligné sur le sujet. Nous devons échanger, expliquer et dialoguer. Je trouve que le secteur public est plutôt impliqué, à l’écoute et avance sur ces sujets. Notre ministre numérique, Axelle Lemaire a même dit que : « La data est encore plus importante que le pétrole, c’est la lumière » 

Le métier de CDO : éphémère ou éternel ?

J’ai bien peur que le CDO soit éternel contrairement à ce que dit Lujumira Rochet de L’Oréal pour plusieurs raisons.

  • les organisations hiérarchiques sont remises en cause et le CDO restera un poste clé dans l’entreprise.
  • le digital est essentiel et structurant pour une entreprise car il porte des projets stratégiques.
  • le CDO ne porte pas que des projets techniques, il porte surtout des projets de nouveaux business model éternels adaptés et ancrés dans les usages.
  • pour finir je pense que c’est un très mauvais message que de penser que c’est un poste éphémère car cela donne la sensation que c’est surperflu alors qu’il est fondamental.

 Votre citation préférée ?

 « La meilleure façon de se débarrasser de ses ennemis est d’en faire des amis » Henri IV 

Patrick Hoffstetter (Renault) nommé Chief Digital Officer européen de l’année 2015

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Le sommet du Chief Digital Officer organisé par le désormais célèbre
CDO Club s’est tenu à l’hôtel Conservatorium d’Amsterdam le 4 novembre 2015. À cette occasion, Patrick Hoffstetter, Chief Digital Officer chez Renault a été nommé meilleur CDO de l’Union européenne de l’année 2015.

Un brillant parcours

Détenteur d’un MBA de HEC, Patrick Hoffstetter est le co-fondateur de EG10, un réseau d’entreprises du CAC 40 qui échangent régulièrement autour de la conduite du changement, le multi-canal, Big Data, les réseaux sociaux, le 360. En 2008, il devient vice-président Europe de lastminute.com après avoir occupé la place de chef de produit chez Yahoo! Europe quelques années auparavant. Depuis 2011, Hoffstetter a rejoint le constructeur automobile Renault en tant que CDO. Il a pour mission d’enclencher la transformation numérique de cette société de 116 ans qui regroupe quelques 120 000 employés dans un réseau qui opère dans 118 pays. Il est, par ailleurs, le directeur de la Digital Factory, une unité spéciale située au siège du groupe à Boulogne-Billancourt, chargée de coordonner toutes les activités numériques de l’entreprise. Sous sa direction et avec son équipe, Renault a lancé des initiatives, en marketing et social media, entraînant le gain de plusieurs milliers de fans et de followers sur les réseaux sociaux.

David Mathison, le fondateur du CDO Club explique : « nous reconnaissons la vision stratégique, le leadership et les compétences de Patrick qui permettent d’enclencher la transformation numérique d’une si grande organisation, dans le monde entier, opérant dans un secteur désormais profondément affecté par la disruption numérique. Nous respectons aussi et admirons la volonté de Patrick d’aider ses collègues du CDO Club en fondant le club EG10. Nous sommes fiers de le choisir comme notre premier CDO européen de l’année.”

Transformer l’expérience de la vente

Patrick et son équipe ont reconsidéré « l’ensemble du parcours commercial, avant, pendant et après la vente » afin d’unir « le web au réseau physique ». Le projet, nommé C@RE (Customer Approved Renault Experience), permet aux clients de trouver plus facilement l’information en ligne sur la marque et ses produits, de vivre une expérience en concession plus riche, innovante et interactive et de bénéficier d’offres de fidélisation adaptées à leurs profils et à leurs véhicules. Le programme intègre ainsi 40 projets : du configurateur 3D au portail client My Renault, en passant par les Renault Store, les formations comportementales des équipes technico-commerciales ou encore l’équipement des concessionnaires et des garages de tablettes et de PC permettant d’intégrer toutes les informations produits et clients. Encore une fois, un CDO nous prouve que le client doit être placé au cœur de la stratégie digitale.

La mise en place d’un Réseau Social d’Entreprise 

Le CDO a également souhaité une cohésion en interne. Il a ainsi lancé en 2012 le Réseau Social d’entreprise « My Declic » pour permettre aux milliers de collaborateurs de s’adapter aux évolutions du groupe et faire circuler l’information plus rapidement. L’adhésion se fait sur la base du volontariat et permet d’ouvrir des discussions aussi bien privées que professionnelles.

La création de grands partenariats digitaux

Hoffstetter est également impliqué dans plusieurs initiatives d’instauration de technologies numériques novatrices dans les véhicules Renault. En effet, la société a récemment lancé un partenariat avec Facebook pour activer les notifications dans les voitures. De là, a été réalisée une application smartphone permettant de fournir des informations telles que les habitudes de conduit, la charge de la batterie, et le diagnostic du véhicule. Cette application est  téléchargeable sur le store de Renault : Renault R-Link Store.

Un projet central : la voiture autonome

La NEXT TWO de Renault devrait voir le jour à l’horizon 2020. Le travail du CDO consiste à associer délégation de conduite et hyper-connectivité tout en renforçant la sécurité et en redonnant du temps aux automobilistes.

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Qui succédera à Patrick Hoffstetter ?

Avec ce prix, Patrick Hoffstetter devient le premier CDO d’Europe à être récompensé pour son travail. Le prochain sommet CDO récompensera le meilleur directeur numérique d’Australie et aura lieu à Sydney le 24 février 2016. La remise de prix du meilleur CDO américain aura lieu quant à elle pour la 4e fois à New York le 27 avril 2016. Le premier prix américain avait été décerné en février 2013 à Teddy Goff, alors directeur digital d’Obama entre 2008 et 2012. Plus récemment,  Adam Brotman, CDO de Starbucks avait été récompensé en avril dernier pour ses nombreuses initiatives digitales ayant permis la parfaite transition numérique de son entreprise.

Maxence Attard@Machkens

Sources : Renault – Econocom – IT Expertise

CDO : le virage numérique de l’Internet of Things, c’est maintenant !

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Quelles seront les tendances digitales de demain ? Y a t’il une alternative au « tout numérique » ? Quel est le véritable rôle du CDO dans ce contexte ? L’internet des objets semble être le meilleur terrain de jeux pour ces professionnels de la transformation numérique des entreprises, renforçant plus que jamais leur légitimité.

Dans de nombreux secteurs, l’internet des objets est déjà l’un des piliers de la transformation digitale. Cela implique pour le Chief Digital Officer une veille constante de l’actualité et la définition d’une stratégie claire afin de prendre le virage de l’internet de demain, celui des objets ! Les initiatives se multiplient, les projets fleurissent, et pourtant peu d’entre eux ont jusqu’à présent vu le jour à grande échelle. Pourquoi ? Quels sont les freins au développement des projets dans l’Internet of Things ?

En voici un tour d’horizon à partir 3 questions que se posent les Digital Leaders :

Les objets connectés ? Oui, mais quand est-ce qu’on s’y met ?

Dès maintenant ! Les données générées par les objets connectés des clients peuvent permettre à une entreprise de proposer des services inédits et personnalisés dès l’instant ou celle-ci est capable d’y accéder et de les exploiter. Le sur-mesure devient « scalable » ! Un projet dans l’internet des objets n’est pas seulement vecteur d’image. Cela n’engendre pas non plus la création d’un nouveau métier mais s’inscrit plutôt dans la continuité du rôle du Chief Digital Officer. Mettre un pied dans l’Internet of Things, c’est mieux faire ce que l’on a toujours fait : mieux connaître ses assurés pour un assureur, mieux cibler ses consommateurs pour la grande distribution, mieux conseiller ses patients pour les acteurs de la santé. L’internet des objets est une toute nouvelle façon d’envisager la relation client et mérite une attention particulière dès aujourd’hui.

Mon entreprise n’est pas prête, je suis toujours en train de supplier la DSI d’abandonner Windows XP !

Faux. L’internet des objets est caduc s’il n’a pas vocation à s’intégrer facilement dans le quotidien d’une entreprise. Avant même de lui offrir de nouvelles possibilités, il doit être un outil simplifiant ses missions et son activité « traditionnelle ». Pour revenir aux exemples précédents : l’assureur troque ses vieux questionnaires papiers par des informations fiables et dématérialisées, la grande distribution remplace ses cartes de fidélité par des actions flexibles et sur-mesure, et le patient est guéri avant d’être malade.

Comment collecter et centraliser les données clients sans passer par la création d’un Hub coûteux regroupant toute la data ?

 Même si l’Internet of Things est encore jeune, il existe déjà des solutions techniques permettant de se connecter aux objets des clients. Ces solutions permettent à l’entreprise de se concentrer sur la mise en place de service à forte valeur ajoutée, basés sur son expertise. Le travail de pédagogie du CDO sera alors mis à l’épreuve pour créer les conditions dans lesquelles les clients et utilisateurs seront amenés à partager leurs données personnelles avec les marques. S’appuyer sur un tiers de confiance et expliquer clairement l’utilisation qui est faite des données sera sans doute le meilleur moyen de le faire !

Alors, qu’attendons-nous pour prendre le prochain virage numérique ?

Guillaume Magnan

Interview n°1 – Magali Noé, CDO de CNP Assurances

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Diplômée de l’école d’Actuaire de Strasbourg (promotion 1994), Magali Noé a débuté sa carrière en 1995 au sein du groupe Caisses d’Epargne où elle a successivement occupé les fonctions de responsable du département actuariat puis de responsable du marketing et ingénieries produits d’assurance. En 2008, elle intègre le groupe CNP Assurances en qualité de responsable du marketing produits, études et veille, avant de devenir, en 2011, directrice des ingénieries du patrimoine et de la distribution. En 2013, elle dirige le projet Eurocroissance auprès du directeur général. Depuis le 2 avril 2015, elle occupe la fonction de Chief Digital Officer et pilote ainsi la transformation digitale du groupe CNP Assurances. En parallèle de ses nouvelles fonctions, Magali Noé continue d’exercer le poste de secrétaire du comité exécutif dont elle a la responsabilité depuis décembre 2014. Par ailleurs, elle enseigne depuis 2007 les mathématiques financières et l’actuariat à l’Université Paris Dauphine. Elle a également rejoint le comité scientifique de l’Ecole Polytechnique d’Assurance. Il y a un an, elle reçoit le Trophée de la femme actuaire décerné par L’Argus de l’assurance et s’engage ainsi pour la promotion professionnelle des femmes à travers les réseaux WCD (International), Actu’Elles (Actuariat) et Alter Égales (Groupe Caisse des Dépôts).

Quel est votre objectif au sein de CNP Assurances ?

Mon objectif  est clair : entrainer un mouvement collectif. Pour cela, je cherche l’adhésion du plus grand nombre en développant une dynamique d’innovation et en favorisant les initiatives individuelles et collaboratives. L’enthousiasme, l’ouverture et l’esprit d’équipe sont au cœur de notre démarche, et comme la confiance et la bonne humeur sont d’immenses accélérateurs, nous initions une dynamique contagieuse qui se voit !

Votre formation initiale en actuariat vous a-t-elle aidé à accéder à ce statut ?

C’est l’ensemble de mon parcours (la partie technique avec l’actuariat, alliée au marketing et au commercial), très divers et toujours orienté client, qui a été la clé ; mais je pense que le CDO doit également avoir un tempérament dynamique, une ouverture d’esprit, le sens du collectif et sur une grande capacité à mobiliser les personnes et ce, pour mener à bien un projet d’envergure.

Un CDO doit donc être un bon mobilisateur, mais justement, n’est-ce pas la difficulté première de ce métier, notamment avec les personnes réfractaires à la digitalisation ?

Il est vrai que nous n’avons pas tous le même « âge digital ». C’est pour cela que durant toute la phase d’accélération de la transformation de l’entreprise, j’ai initié des séances d’acculturation, de sensibilisation et d’apprentissage. J’ai souhaité venir à bout de toutes les idées reçues, comme par exemple « le digital, c’est pour les jeunes » ou encore  «  le digital, ça va passer ». Nous avons cependant pris l’habitude de mettre en place deux niveaux de communication : le premier, adapté aux collaborateurs plus matures et l’autre aux jeunes digitaux. Lorsque nous organisons des ateliers, chaque personne évalue son propre niveau et s’inscrit dans le groupe adapté. Ces événements ont lieu deux fois par trimestre et recueille l’enthousiasme d’un bon nombre de salariés qui ne cesse de progresser.

Quelles sont vos principales missions ? Pensez-vous qu’elles diffèrent selon les CDO ?

Ma principale mission consiste à définir la stratégie digitale du groupe CNP Assurances, piloter et accélérer la transformation de l’entreprise, donner de la visibilité et de la cohérence aux différentes initiatives digitales et en générer de nouvelles en impliquant tous les collaborateurs du Groupe. Mon rôle consiste également à faire émerger les bonnes pratiques et à les harmoniser à tous les niveaux de la chaîne de valeur de l’entreprise. Je rapporte directement à Frédéric Lavenir, directeur général de CNP Assurances. Les missions principales diffèrent sans doute peu entre les CDO. En revanche, la façon de les exercer doit s’adapter à la culture, aux femmes et aux hommes de chaque entreprise.

Être CDO c’est autant de travail en interne qu’en externe finalement ?

Oui, l’un nourrit l’autre. Mes rencontres en extérieur avec d’autres CDO et des start-up m’enrichissent d’idées et peuvent parfois déboucher sur des partenariats. C’est grâce aux projets internes que j’intègre ces différents milieux et ces nouveaux interlocuteurs qui me permettent finalement d’étendre mon champ d’action.

Quels outils utilisez-vous au quotidien ?

La « digitalisation » est désormais un fait universel et une dynamique d’innovation permanente : objets connectés, exploitation des données (big data), virtualisation (cloud), très haut débit… Bien plus qu’une rupture technologique, c’est une profonde transformation des pratiques sociales et individuelles, des modes de vie et des modes de consommation, qui met notamment au premier rang des exigences du citoyen/consommateur les notions de partage, de simplicité, de transparence, de personnalisation du service, d’immédiateté, de mobilité et de confiance. La connaissance client qui s’enrichit grâce au CRM, aux réseaux sociaux, au Big Data… est un facteur clé qui nous permet de placer le client au cœur de notre activité.

Avez-vous l’habitude de travailler seule ou en équipe ?

La mission du CDO implique tous les collaborateurs du Groupe. Non seulement les fonctions business mais aussi les fonctions transverses (comptabilité, finance, achats, actuariat, RH…), Mais mener une transformation ne se fait pas qu’en impulsant une dynamique interne. Ce mouvement est une ouverture. Nous menons nos actions en lien avec l’ensemble de notre écosystème : clients, partenaires… Je suis également en contact avec des entrepreneurs, d’autres CDO, et suis active sur les réseaux sociaux : je twitte régulièrement sur la transformation numérique des entreprises, les innovations technologiques mais aussi managériales et sociétales (ndlr : @_Magali_NOE).

Comment faites-vous concrètement pour réaliser la transition numérique de CNP Assurances ? Avez-vous rencontré des difficultés ? Comment y remédier ?

Nous entrons dans la dernière phase de définition de notre ambition digitale, elle accélérera et soutiendra la stratégie de l’entreprise. CNP Assurances est déjà une entreprise digitale pionnière dans un certain nombre de domaines : des projets ambitieux sont déjà engagés comme, par exemple, la dématérialisation des échanges avec nos partenaires et nos clients, des projets Big Data ou encore le lancement, en 2016, d’une compagnie 100 % digitale au Brésil.

L’accélération de la transformation digitale a pour objectif de mettre en mouvement l’entreprise pour qu’elle soit plus proche de ses clients, plus réactive et plus performante. Le digital est un accélérateur d’évolution ; il change le rapport aux clients, aux partenaires mais également le rapport au travail, les méthodes d’innovation et l’organisation. Le principal défi consiste donc à acculturer l’ensemble des collaborateurs du Groupe, favoriser l’innovation et l’initiative, intégrer les partenaires et l’environnement de l’entreprise dans cette démarche. Pour relever ces défis et mettre en œuvre notre ambition digitale, il est primordial d’apporter une cohérence aux projets existants et de susciter l’adhésion des équipes dans de nouveaux challenges digitaux.

 Pouvez-vous nous donner plus d’information sur cette compagnie 100% digitale qui sera lancée au Brésil en 2016 ?

Lors de la conférence de presse des résultats annuels 2014 et l’Assemblée Générale de mai 2015, nous avons expliqué qu’il s’agissait d’une innovation « de rupture », avec un dispositif totalement spécifique dont nous construisons actuellement le business model. Construite comme une entreprise nativement digitale, cette entreprise permet à CNP Assurances d’être le premier acteur à se développer sur ce type de canal au Brésil.

Êtes-vous entourée d’une équipe qui gère le Cloud, le Big Data, les réseaux sociaux … ?

L’un des objectifs de la fonction de CDO est de fédérer l’entreprise autour de projets transverses. Pour y parvenir, il est préférable de collaborer étroitement avec chaque direction plutôt que de s’entourer d’une équipe de « super-digitaux », qui centraliserait l’ensemble des projets de manière isolée. Par exemple, Ce changement impacte toutes les composantes de l’entreprise. Il y a bien sûr « l’IT » pour les solutions « cloud », l’actuariat pour le Big Data etc. Le digital est un état d’esprit, chaque direction est invitée à l’acquérir et l’intégrer.

Pouvez-vous décrire votre journée type?

Il n’existe pas de journée type. Nous lançons chaque jour des actions différentes, nous nous adaptons en permanence, nous imaginons des nouvelles façons de travailler, nous écoutons, nous expliquons… Mes journées sont bien remplies et pleines de rencontres.

Quels sont les talents/qualités indispensables d’un CDO ?

Le CDO doit avoir une obsession : le client. Et plus largement, il doit impliquer l’ensemble des collaborateurs du Groupe, l’écosystème de l’entreprise : ses partenaires et ses clients finaux. Il doit se distinguer par sa capacité à écouter, mobiliser, convaincre et orchestrer. Il est donc indispensable d’être pédagogue et pragmatique pour entraîner l’ensemble de l’organisation, mais également stratège et audacieux pour convaincre et conseiller le management dans l’accélération de la transformation stratégique et opérationnelle de l’entreprise. Pour favoriser la montée en puissance du numérique dans l’entreprise, dans son environnement et auprès de ses clients, le CDO doit être en mesure de mettre en place une démarche collective et collaborative.

 Comment se faire connaître dans le métier ?

Il est très inspirant de regarder ce que font les autres, de s’ouvrir. Je m’intéresse aux incubateurs de start-up et intègre progressivement des communautés de CDO et des influenceurs sur les réseaux sociaux.

Selon vous, est-il indispensable d’avoir un bon bagage professionnel pour devenir CDO ? Une personne avec moins de 10 ans d’expérience pourrait-elle correspondre à ce métier ?

Même si nous pouvons imaginer qu’un jeune soit plus digital native, il est cependant indispensable, pour occuper cette fonction, de posséder une expérience solide de la relation client, de l’entreprise et de tout son écosystème.

Aujourd’hui, le titre de CDO est encore peu répandu, notamment dans le secteur public. Mais avec la volonté émergente de créer des « Smart cities », que devrait devenir ce secteur ?

Je pense que c’est une mouvance générale de la société qui doit être appliquée dans la plupart des secteurs. Cette digitalisation doit également se développer par de petites initiatives locales et pas seulement dans les grandes entreprises. De même, la législation autour du digital doit évoluer et s’adapter en permanence.

Beaucoup de gens pensent que le métier de CDO n’est qu’une fonction transitoire, qu’une fois le passage au numérique réalisé, le poste disparaîtra. D’autres pensent qu’au contraire « Le train ne s’arrête jamais. », qu’il y a toujours un prochain virage à prendre (objets connectés, web sémantique …), quel est votre point de vue là-dessus?

Etant donnée l’étendue des missions du CDO, lesquelles impliquent l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise, ses partenaires et ses clients, je suis convaincue que cette jeune fonction – nouvellement créée chez CNP Assurances – a de beaux jours devant elle…

Maxence Attard – @Machkens

Baromètre des Chiefs Digital/Data Officers : les infos à retenir

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Jeudi 18 juin 2015 à 8h45 dans les locaux de Criteo (75009) a eu lieu la première édition du baromètre des Chief Digital/Data Officer organisée par un partenariat regroupant Adobe, Criteo, Digital Jobs, Novedia et Novamétrie.

François Costa de Beauregard, directeur Général Adjoint France chez Criteo et Marie Canzano, Présidente de Digital Jobs prennent la parole pour présenter cette étude exclusive sur la transformation digitale des entreprises.

“Cette étude décrit l’organisation et le déploiement de la fonction de CDO dans les entreprises. Le CDO est-il indispensable à la transformation digitale ? Quel est le profil des entreprises ayant un CDO ? Quels sont les impacts organisationnels et les freins liés à l’émergence de la fonction de CDO ? Quel est le rôle, le périmètre fonctionnel et le devenir du CDO ?” En quelques secondes, les orateurs ont déjà capté toute l’attention du public.

L’émergence de la fonction de Chief Digital Officer

Face au défi du digital, la fonction de CDO est apparue il y a quelques années et tend à se généraliser : les CDO s’installent progressivement dans les entreprises. En revanche, la portée et la nature même de cette diffusion sont appréhendées différemment d’une entreprise à une autre, d’un secteur à un autre. Le digital est désormais une priorité stratégique à court terme pour 87% des entreprises. D’ailleurs, 78% d’entre elles ont une direction digitale. 22% des entreprises ont aujourd’hui un CDO. Ce pourcentage est plus élevé auprès des entreprises de plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires (37%) mais les ETI de 250 millions à 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires ne sont pas en reste (33%). En 2016, 37% des entreprises auront un CDO avec une plus forte implantation dans le secteur des services non financiers (41%). Seules les entreprises de taille plus modeste ne considèrent pas la nomination d’un CDO comme stratégique.

La feuille de route du CDO : Transformer, Fédérer et Piloter

Transformer, fédérer et piloter, voici les missions principales du CDO. Il s’agit donc pour le CDO de démontrer l’impact positif du digital, notamment sur le développement et la croissance de l’activité. Par là même, il remet en cause la façon dont les autres fonctionnent et incarne d’une certaine façon le changement organisationnel, fonctionnel et technologique du digital. Les profils de CDO sont variés, mais leur culture toujours hybride, faite de transversalité, de collaboration et de communication. Le CDO est un communicant, créateur de lien, diplomate d’entreprise qui doit avoir une bonne compréhension des enjeux marketing, IT et métiers. Le CDO s’inscrit dans une logique entrepreneuriale forte : il doit en effet incarner le changement, l’impulsion digitale et briser les silos encore trop nombreux.

La longue marche du CDO

La nomination d’un CDO a un impact sur l’évolution des organisations vers plus d’agilité et de mobilité, le renforcement des modes collaboratifs, l’émergence de nouveaux modèles économiques et une approche plus structurée des relations avec les start up. Avec ou sans CDO, le niveau de collaboration entre la Direction des Systèmes d’Information et la direction marketing reste faible. C’est dire le chemin à parcourir pour que la fonction atteigne toute sa maturité. D’ailleurs, ¼ des CDO considèrent que leur niveau hiérarchique et leur pouvoir sont inadaptés aux enjeux de leur fonction. 49% des entreprises déclarent avoir un budget spécifique à la transformation digitale et seules 39% des entreprises ayant un CDO ont mis en place des indicateurs déterminants la performance de leurs fonctions.

 

Copyright “BCD2O Edition 2015 en partenariat avec ADOBE, CRITEO, DIGITAL JOBS, NOVEDIA et NOVAMETRIE.

 

Zoom sur quelques points de l’enquête* (l’intégralité de l’étude disponible ici)

 

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Contrairement à ce qu’on entend depuis quelques mois, NON, 80% des entreprises n’ont pas un Chief Digital Officer. En revanche, 78% d’entres-elles ont embauché un directeur digital. Seule 22% des entreprises disposent véritablement d’un CDO en 2015, et ce chiffre est amené à atteindre les 36% en 2016.

 

 

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A la question “Quel est le projet principal de transformation digitale dans votre entreprise ?”, la réponse qui revient le plus souvent est : “La Digitalisation/Dématérialisation de l’entreprise”. Ce genre de pléonasme traduit une certaine incompréhension des entreprises sur les bénéfices que peuvent réellement amener les chiefs digital officers.

 

 

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Selon 65% des entreprises interrogées pensent que le COMEX doit être la fonction de rattachement du CDO.

 

 

 

 

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1/4 des CDO considèrent que leur niveau hiérarchique et leur pouvoir sont inadaptés aux enjeux de leur fonction.

 

 

 

 

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Moins d’un CDO sur deux a mis en place des indicateurs déterminant la performance de sa fonction.


 

 

 

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Contrairement aux idées reçues, le CDO n’est pas amené à disparaître mais plutôt à évoluer au fil des années. Pour le moment, nous assistons à la généralisation de la fonction via l’imbrication croissante du digital dans l’entreprise.

 

 

 

 

La gloire ou l’échec, voilà ce qui attend le CDO fraîchement nommé. Ce sont sans doute les futurs dirigeants pour ceux qui démontrent l’impact positif du digital notamment sur le développement et la croissance de l’activité. Le CDO doit avoir le soutien de la Direction Générale, être le meilleur ami du CIO et du CMO, gérer la dualité temporelle entre le court et le moyen terme.

Christophe Excoffier, Président de Novametrie.

 

C’est ainsi que se clôt la première édition du Baromètre des Chief Digital/Data Officer. Pour aller encore plus loin, l’équipe publiera prochainement le livre blanc de l’enquête.

Face à l’immense succès de cette première édition et aux éléments de réflexion proposés, le #BCD2O est bel et bien implanté et devrait donc être de retour dès l’année prochaine pour la seconde édition.

 

Merci aux organisateurs du BCD2O :

François Costa de Beauregard – Directeur Général Adjoint France, Criteo

Marie Canzano – Présidente, Digital Jobs

Karine Fillion – Directrice Générale Novedia (groupe Viseo)

Christophe Excoffier – Président, Novametrie

Catherine Spindler – Head of marketing, Vente-privée

Vanessa Diriart – Vice CEO, Center Parcs Europe

Ariel Steinmann – Head of digital marketing online Bank, BNP Paribas, Hello bank! >

Marc Gigon – Chief Digital Officer, Total

Christophe Marée – Head of Marketing SouthWest EMEA, Adobe Systems

Nicolai Gérard – Global Digital Acceleration Officer, Seb

 

* Enquête réalisée du 11 mai au 10 juin 2015 par téléphone auprès de 201 dirigeants.

 

Par Maxence Attard

@Machkens

CDO, un métier d’avenir ?

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La question peut paraître étrange tant le métier semble actuellement en plein boom, et pourtant.

Alors qu’une récente étude de France Stratégie a mis en lumière les métiers et secteurs les plus porteurs d’emploi d’ici à 2022, il convient de s’interroger sur la pérennité du poste de CDO. La problématique se trouve inscrite dans l’ADN même du métier : une fois la transformation numérique de son entreprise accomplie, quid de l’utilité du poste ? Par ailleurs, au-delà de cette incertitude, la tendance globale de tous les secteurs à “l’uberisation”, c’est-à-dire cette phénoménale accélération du numérique qui n’épargne aucun métier, engendre des “disruptions” encore inégalées : tout peut arriver. Le métier pourrait se retrouver inutile du jour au lendemain, d’autant plus que le numérique est déjà au coeur des start-ups qui deviennent aujourd’hui les plus grandes entreprises du monde (Uber, Airbnb, Meerkat…).

Ainsi, les incertitudes qui entourent le métier de CDO sont plus ou moins celles qui entourent globalement le monde du numérique. Elles ne sont pas techniques, contrairement à ce que certains peuvent affirmer, mais plus “business” : quelles seront les tendances de demain ? Aura-t-on vraiment besoin d’un CDO lorsque tout sera numérique ?

En réalité, c’est cet état de fait qui peut nous amener à un peu d’optimisme. Le Web sémantique, ou encore l’émergence de l’Internet des Objets (c’est-à-dire le prolongement du web dans le monde physique), représenteront indéniablement un nouveau tremplin réactivant l’intérêt des CDO. Ils permettront, aux côtés des ingénieurs prenant en charge la dimension technique, d’adapter les process au sein des entreprises , et de changer les mentalités des plus réticents à la révolution numérique. Le CDO ne devrait donc pas disparaître, mais ses fonctions vont indéniablement et radicalement changer. Cela implique pour lui une veille constante de l’actualité, et une adaptation de ses compétences afin de prendre le virage de l’Internet de demain. Un CDO 2.0 pour un Web 3.0 ?